Inktober et la quête de la productivité

Pour peu qu’on soit un peu intéressé par le dessin et l’art et qu’on traine sa croute sur internet, il est impossible de ne pas avoir entendu parler de l’inktober. Pour les autres, ce challenge de dessin consiste à produire un dessin à l’encre par jour pendant le mois d’octobre, en suivant une liste prédéfinie par le créateur de l’évènement, Jack Parker.J’y ai participé (à ma sauce) et je décide donc d’ajouter ma pierre aux nombreux articles et vidéos de leçons et conseils pour réussir son inktober, tout en enfonçant pas mal de portes ouvertes comme à mon habitude (parce que soyons honnête, il n’y a pas de miracle et je n’ai pas inventé l’eau chaude).

1) Se préparer

C’est le conseil le plus donné, celui que tu vas le plus entendre et oui tu as le droit de me targuer de manque d’originalité. Mais voilà, c’est vrai. La préparation même de l’évènement est tendance sur instagram dès le mois de septembre, où tes artistes favoris testent leur stylos et confectionnent leur liste thématique maison. J’ai personnellement trouvé toute cette excitation pré-évènement assez déstabilisante et stressante. J’ai beaucoup culpabilisé et tergiversé à ce sujet. Et j’en viens à la conclusion que le plus important c’est de choisir une liste à l’avance. J’ai pris l’habitude d’enregistrer des screens des listes sympa que je vois passer tout le long de l’année, je n’avais donc qu’à piocher celle qui me plaisait le plus. Cette liste doit inspirer un minimum dès la première lecture, et si jamais ce n’est pas le cas, n’hésite pas de l’adapter à tes envies. L’idée c’est de s’amuser et/ou de progresser.

2) Changer les règles (en cours de route si nécessaire)

Chacun interprète le défi comme il le veut, car finalement le but ultime c’est de dessiner. Personnellement, je voulais me forcer à faire de la couleur, car j’estime que c’est un de mes points faibles et que le moment de les choisir m’est toujours très fastidieux. Mes contraintes initiales étaient donc ma liste trouvée sur instagram, des couleurs en digital et un format A6, petit pour ne pas m’angoisser et réaliser des illustrations trop importantes et détaillées. Et très vite, je suis partie sur un A5 pour plus de confort. J’ai aussi abandonné certains dessins par manque d’idées et aussi parce que je n’étais pas chez moi plusieurs jours d’affilée et n’avais donc pas accès à mon ordinateur pour dessiner. J’ai aussi abandonné les couleurs pour une de mes participations. Toutes ses dérogations aux règles initiales m’ont permis de rester un minimum motivée et de ne pas abandonner le challenge en cours de route par culpabilité.

3) Ne pas se mettre la pression & être content de soi

Très souvent, on rate un jour du challenge et on abandonne pour la suite parce que « c’est déjà foutu, il faudra que je rattrape les jours ratés ». Je trouve que cette façon de voir, qui peu fonctionner chez certain, est contre-productive pour moi. C’est ultra-culpabilisant et ça me bloque pour la suite. Je pense que dans tous les cas, le plus important pour réussir ce challenge c’est de le prendre sérieusement à la légère. L’idée, c’est de le faire aussi bien qu’on le peut, mais de ne pas se prendre la tête si on ne peut pas toujours le faire comme on le voudrait. Sois content de tes résultats et ne passe pas trop de temps à culpabiliser sur tes « manquements ».Ce n’est, après tout, qu’un challenge. Personnellement je considère, malgré n’avoir dessiné que 26 dessins, avoir réussi le défi. Dans tous les cas, dessiner autant sur le mois est déjà un énorme succès.

4) Ne pas se comparer

C’est très difficile de ne pas se comparer lorsqu’on voit toutes les magnifiques participations postées sur instagram et les autres réseaux sociaux. Cependant il faut bien garder en tête que nous n’avons pas tous les mêmes expectations concernant l’inktober. Les aspirants illustrateurs, voire les pro, ne vont pas passer le même temps sur l’inktober que le salarié lambda qui aime dessiner sur son temps libre. Inktober est un bon moyen de se faire connaitre, de se créer un portfolio et créer des projets annexes (fanzine, bouquin voire vente des originaux). Ces trois aspects sont primordiaux pour des professionnels, et la plupart vont passer plus d’une heure par jour sur ce projet, contrairement à quelqu’un qui travaille à temps pleins. Du coup évidemment, le dessin final n’est probablement pas aussi abouti pour ce dernier, mais son retour sur investissement espéré n’est pas du tout le même. Se comparer avec des personnes dans des situations similaires à la notre est plus judicieux, mais néanmoins peut conduire à des comportements malsains, comme une culpabilisation constante. Il faut garder à l’esprit que ces personnes, qui font mieux que nous, ne montrent qu’une facette de leur effort: le résultat final. Nous ne savons rien des conditions dans lesquelles leur dessins ont été réalisés, ni ce qui a permis peut-être de leur permettre une rapidité d’exécution, une motivation sans borne etc. Ils sont peut être simplement plus loin sur leur chemin de réflexion personnelle leur permettant d’être efficace? Ils ont suivis des cours poussés en anatomie et en perspective et ne doivent pas se casser la tête 50 minutes pour réussir à dessiner une pose anatomique correcte? Je ne dis pas qu’il faut se trouver des excuses, juste que chaque chemin est différent et c’est ce qui fait aussi nos spécificités.

5) Ne pas se juger mais faire

Ce n’est pas pour rien que l’adage de Nike, remis au gout du jour par Shia Labeouf, a eu autant de succès sur internet. « Just do it ». Nous sommes tous à des degrés divers et pour des raisons différentes confronté à des blocages qui nous empêchent de faire. Ce problème est tellement systématique chez moi que mon post de présentation devait traiter de ce syndrôme (à base de tournures ampoulées et de adjectifs redondants,sois heureux/se d’y avoir échappé). La raison première de ma procrastination est clairement un manque de confiance en moi qui me pousse à juger très sévèrement mes productions, mais aussi à m’interroger sur « pourquoi faire » si de toute façon, ça sera nul, j’en suis sure. Baisser les bras sans même avoir essayé.Ce que j’ai vraiment mis à l’épreuve avec inktober, bien que je pense qu’on le sait tous en théorie, c’est qu’on est toujours plus heureux d’avoir essayé que de ne rien avoir fait. Le plus dur est de commencer, mais c’est un cercle vertueux, car chaque petite réussite nous donne une dose d’endorphine et, comme nous ne sommes finalement que la somme de nos synapses droguées réagissant aux neurotransmetteurs déversés (bref, des animaux), nous en voulons plus. La productivité ne serait elle pas en réalité une drogue d’un genre différent? Si le plus dur est de commencer, le seul moyen d’y arriver, c’est de ne pas trop se poser de questions et de se lancer. Et advienne que pourra.

6) Savoir s’arrêter

Notre société est accro à la productivité. On voit fleurir partout des méthodes pour être plus productifs, gagner du temps, faire plus de choses, et ce à base de morning routine et de planning ultra coincé. Je ne serais pas étonnée d’écrire un article de blog sur le sujet à un moment tellement cette quête de la productivité est devenue importante dans le paysage culturel actuellement. Cependant, je trouve que cette course à la productivité à tout prix est parfois justement un peu contre-productive et même paralysante. Il est important de se connaitre et savoir quand et comment nous travaillons mieux, comment éviter de procrastiner etc, mais parfois je regrette qu’on perde un temps précieux à se culpabiliser là dessus. On a tendance à oublier qu’être productif tout le temps est impossible. Pour notre santé mentale et pour notre efficacité même, nous avons tous besoin de respirer et de se détendre. Cette remarque est d’autant plus importante que les « remèdes » miracles nous poussent à nous lever plus tôt, à utiliser chaque minutes et chaque instant, parfois de manière assez malsaine voire dangereuse si mal interprétée (typiquement la morning routine ne fonctionne que si vous allez vous coucher beaucoup plus tôt, ce qui est rarement mis en exergue dans les articles la concernant). Je pense que la clé est de choisir les tâches qu’on veut accomplir pour les bonnes raisons. Si j’ai choisis de faire l’inktober, c’est parce que je savais que cela me permettrait de me « reprendre » en main, et me forcerait à terminer les dessins commencés, car le lendemain un autre est « requis ». C’est donc bénéfique pour moi et ma façon de fonctionner. Mais ça ne l’est pas forcément pour toi. Si le défi devient problématique et te culpabilise au point de te rendre malade, c’est normal de l’arrêter. S’il empiète trop sur tes autres activités personnelles/professionnelles plus importantes, c’est normal de l’arrêter aussi. Si tu as passé une mauvaise journée, et dessiner ton inktober ne t’inspire pas, voire t’angoisse, alors que tu pourrais regarder une série sur Netflix et te détendre, le choix est vite fait. Après tout, ce n’est qu’un challenge contre soi-même. A nous d’y imposer des limites, car nous sommes finalement les seuls à nous connaitre suffisamment pour savoir quand l’exercice n’est plus bénéfique.

Je pense qu’il faut trouver le juste milieu. Inktober et tous les défis du même genre sont des moyens pour apprendre à se connaitre. Ce ne sont pas les seuls. Je suis persuadée qu’il faut se pousser et non se ménager pour identifier ses forces et ses faiblesses afin de travailler plus efficacement par la suite. Néanmoins, si tu es encore là à me lire, tu as compris que je prone l’auto-bienveillance. Je pense sincèrement que c’est le meilleur moyen d’atteindre ses objectifs, et je t’invite à tester, expérimenter, être actif et te reposer avec légèreté en privilégiant ce qui fonctionne pour toi.
PS: désolée pour les éventuelles coquilles.

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